l’Enfant de Saborde

Née calme plat, bateaux de plaisance et petites algues

L’enfant de saborde de bord de lacs grandit dans le regard d’un mérou

Rêvant saumon et saut de barrage.

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figue

Cela fit comme une vague.

la tête qui se tourne très lentement, la peau qui se soulève délicatement, et la main cette main qui tout doucement comme caresse le visage et les petits affaissements, les petits creux, le fin duvet et la pommette, saillante, un peu résistante, la pommette un peu plus dure que tout le reste et même que dans le souvenir, la pommette oui qui résiste, qui en résistant entraine le mouvement de la tête qui part à droite, ce mouvement juste un petit peu trop lent et la pommette comme, comme un fruit mûr, un fruit, une figue, tu vois cette figue en été que tu presses amoureusement de tes deux pouces, ce fin duvet que tu presses pour le faire éclater pour qu’apparaissent la chair et ces milliers de petites fibres pulpeuses, juteuses et toute cette gamme de couleur du brun au violacé et le souvenir de ce sourire joyeux à la vue de cette chair qui éclate tandis que la tête continue son mouvement toujours un peu trop lentement, cette figue juteuse au soleil que tu mords à pleine dent et le jus qui se mêle à la salive coule sur la langue qui fait ce mouvement de vague pour avaler goulument et laper le liquide chaud mêlé au goût du sang.

Ecrit rapide d’atelier sur une consigne d’Amélie Charcosset , dans un univers développé avec Catherine et Julie. Pas davant. Pas d’après. Juste un jeu d’écriture. Du moins pour l’heure.

Elle s’assoit dans le canapé.

Elle s’assoit comme un chat s’assoit au coin d’un meuble, sans lâcher des yeux les deux intruses. regard en coin. souple. et immobile.

« La porte n’est pas loin »

« Je sais »

« On ne connait pas ces gens »

« Je sais »

Le chat en elle trahit sa méfiance du bout de la queue. Elle continue d’observer.

La Vieille -très vieille. Comment c’est possible d’être aussi vieille?- a l’air tout aussi à l’aise mais le cache avec l’assurance de celles qui ont déjà tout vu. D’ailleurs rien ne l’inquiète, non : tout l’agace.

« Je la sens pas celle là, y a un truc qui cloche avec elle »

« chut du calme, t’as le bout de la queue qui bouge et moi ça m’fait sauter du pied, arrête je te dis, tu m’fais trembler! »

l’autre, la Pâle, s’affaire, glisse dans la maison en familière. Ses yeux gris sont grands ouverts, elle connait l’endroit mais ne le sait pas non, c’est son corps qui sait, ce sont ses yeux qui savent, qui s’illuminent de reconnaitre un chemin anciennement parcouru maintes et maintes fois, et ses grands yeux gris prennent reflet d’or.

« mais quand tu regardes dans le fond il y a comme une tâche d’encre »

« j’ai vu. »

« elle est triste et elle pense que ça ne se voit pas. »

« en même temps elle est là. Personne ne vient là par plaisir. qui, dis-moi, viendrait ici par choix? »

« toi. toi tu es là par choix et moi je ne comprends toujours pas ce qu’on fait là. je n’aime pas –

le chat en elle a fait un bond et elle se retrouve perchée sur l’accoudoir, se retient de feuler sur la Vieille là, son regard à deux centimètres, la Vieille qui a profité qu’on regardait l’autre pour venir se coller. observer. fixer.

Ca crache, ça feule, ça s’hérisse à l’intérieur, d’ailleurs elle sent ses bras qui chaire de poule. souffle. respire. coeur tu chamades. dis un truc.

– Quel âge avez vous?

« MAIS ON S’EN FOUT !!! »

Elle plante ses ongles dans le dossier pour ne pas céder à la fuite et la Vieille sourit, sourit en carnassière, sourit lentement, sourit comme quelqu’un qui a définitivement tout son temps, lève un doigt, et ce doigt avance, avance et ses yeux ne savent plus se détacher ni du regard ni du doigt qui avance, avance encore et se plante en plein centre de son front.

– Calme toi petite chose. toi et moi on n’est pas si différentes.

(to be continued.)

une terre sans

L’arbre trônait au milieu du désert

 

non

pas un désert mais

une terre sans

 

voilà juste cela

 

une terre sans

sauf qu’un arbre

 

temps

 

du temps

 

du temps pour saisir et entendre le mouvement qu’il y avait là

grouillant

c’était grouillant non pas là

mais là en dessous

en dessous où à vitesse d’arbre ça n’arrêtait pas de creuser

de tailler, de trancher,

de puiser, de fouiller,

toujours plus loin là en dessous

cette terre sans

cette terre était pleine

d’un réseau qui s’étendait sans

non pas sans but

ni sans destination

mais sans comme sans penser

sans affecter celui là qui là en haut n’était qu’un arbre

un arbre là

qui semblait attendre

non même pas attendre

être là

être l’arbre là sur la terre sans mais pourtant dessous pleine

de nouveaux territoires à déployer

 

Grandir sans bouger

 

chaque racine a son rythme heurtait au ralenti un reste de l’avant,

du temps où la terre s’était vidée

vestiges ou dépots décantés la terre avait absorbé en vrac en masse sans choisir

ce qui en était resté

l’arbre sans intention, l’arbre sans

prenait simplement la mesure des

formes matières visages que sculptaient

formes matières virages de l’arbre là

qui se déployait à vitesse d’arbre

là en dessous dans la terre pleine

tandis que la sève sang de l’arbre coulait sans discontinuer d’un bout à l’autre du rhizome

irrigant toujours plus loin les contours d’un royaume enterré.

Epitaphe

“Je m’allonge juste un peu”

elle a dit “Je m’allonge juste un peu”

il est écrit qu’elle a dit “Je m’allonge juste un peu”

on dit qu’il est écrit qu’elle a dit “Je m’allonge juste un peu”

Les trois silhouettes observaient en silence cette terre qui semblait n’avoir jamais été habitée.

latence

Elle entre dans la pièce

silence et couche de poussière

(Souvenir de contes et de légendes anciennes)

personne n’habite là.

déception

ou perfection.

elle voulait cela : mettre loin les hommes

enfin les autres

elle pense hommes

elle entend humains

ces jours ci les femmes aussi la péniblent.

 

Fatigue du chemin.

Elle pose ses affaires.

C’est le moment où elle devrait penser “enfin seule”

 

Elle soupire par habitude

Se ravise

respire plutôt

 

personne en vue pour la voir

 

Alors oui là elle peut dire

 

“Enfin seule.”

 

Le manteau tombe souplement sur le bois, soulève un nuage de poussière

 

Elle tousse rit peste

et ne fera pas le ménage demain.

 

 

Le torrent

Un torrent

c’est un torrent.

le son de, le bruit basse, depuis combien déjà longtemps, sûrement, car elle ne l’avait pas noté quelque part son cerveau s’était habruité à ce grondement de basse qui l’accompagnait sourdinement mais son pied posé avait réveillé le fluve le torbruit la masse, la marée basse avait monté-fait-déluge et sous ses pas les eaux avaient surgi à son regard.

Une eau comme un vertige.