Conte de la Reine n°3 (ou Echappée Belle)

Elle venait de passer la porte

passer la porte passer le seuil, passé le seuil, en quittant la tour c’est comme si elle avait intégré sa peau,

enfilé ses mains,

ajusté ses épaules,

remonté la glissière suivant la courbe du dos,

tiré la peau sur ses côtés

sa volonté lui semblait ferme mais son ventre plus flasque

non

plus vaste

s’émancipait de son corsage

ses jambes libérées du fauteuil de coin de feu semblaient flotter dans ses jupes

non

c’est l’inverse

voilà

les toiles

battaient ses cuisses au rythme du souffle nouveau

le vv

le vv

le vent

voilà c’est ça, le vent

-c’est ça, le vent ?-

le vent

une caresse

non

une claque

qui fouette ses sang, ravive la vigueur oui non le mouvement là comme ça c’est nouveau

ça

la démange elle sautille droite gauche sur place

[ tandis que tout le monde la regarde; elle ne voit pas encore tournée qu’elle est vers l’intérieur, extase sur son visage, lueur, non : éclat. non : radiation, dans ses yeux, ça …]

c’est ça

ça explose de l’intérieur

toutes ces informations nouvelles

elle s’en nourrit

elle s’en gave

c’est rare de voir naitre un être femme de cet âge, cet âge, quel âge ?

Elle en a 1000

elle en a 100

les ans passent et repassent et défilent dans son corps à rebours, combien de temps est elle restée dans ses comptes -ces contes- et ses décomptes des jours dans sa tour assise dans le fauteuil de coin de cheminée

à tisser

à coudre

à découdre

à détendre

à attendre

elle s’ébroue.

à rebours toujours considère un instant.

battre le rappel de ses troupes,

se ravise

reste en suspens

c’est nouveau

pour elle

ce sentiment

le sang

dans ses tempes

le tambour

cette sensation

d’un poids lourd

sur sa tête

sur ses épaules

qui s’est soulevé

qui s’est enlevé

le jour où

elle a rejeté

le poids de la royauté

Assez d’être enfermée !

enfermée ?

Elle n’y avait même pas songé

après tout c’était l’usage

la tradition

un ou deux dragons

on avait pris l’habitude

de toutes les reléguer…

Elle n’avait toujours pas bougé.

[ La Reine… le murmure commençait à enfler du moins il était dans toutes les têtes les gens hurlaient par les oreilles par les cheveux la Reine ! Face à l’apparition figée entre deux mondes, ils se demandent comment ils peuvent la voir, elle se demande comment elle n’a pas su

-vu

Les uns et elles regardent l’Une. Les yeux sont fixes mais les têtes courent, appellent à l’aide à la Raison – C’est comme un souffle qui les emporte et qui se coupe halète, trébuche, ils regardent à qui mieux mieux, à s’en dévisser les yeux, ce corps là n’est pas normal, cette peau qui frémit, la Reine !

Elle ne sait toujours rien d’eux, de leur présence de leur insistance, elle ne les a pas vu, eux n’en peuvent plus de voir, ils suffoquent ils agonisent ils en pleurent de ne pouvoir se détacher de la vue de ce corps là qui s’est arraché du tableau]

Le souffle

le souffre

la lame de fond

l’engouffre

l’ouvre

l’évase

corps caverneux

en elle

puissance nouvelle

l’espace qui s’ouvre

pour laisser place

à la face du monde

qui la regarde

car

enfin

elle a levé les yeux.

[ le temps s’arrête, s’étale, s’étend et se prélasse sur cet instant de suspens…]

.Echo.

L’espace s’étire s’étiole s’effiloche la puissance nouvelle bat en retraite face à ce mur d’yeux qui fait jaillir des barreaux

la repousse

la retranche 

dans son corps

dans sa vieille peau

d’instinct la tête

se redresse

regarde d’en haut

appelle

qu’on lui amène son manteau !

Elle lutte

voit ses mains chercher le sceptre

et sa volonté en lambeaux

elle aspirait à être

on la renvoie à ses oripeaux.

le Roi arrive, lui plante un ultime couteau :

‘Allons ma chère, retournez donc à votre tombeau ‘ …

tombeau,

ce n’était pas ça le mot,

mais il a sonné tout comme,

encore là il résonne,

il vibre, l’assomme,

la réveille,

la révolte,

coup de masse dans la torpeur,

en elle jaillit une nouvelle fureur 

[ Ne pas les laisser encore m’enfermer, dans ce rôle de Mère, de Reine au foyer, Je suis Impératrice pense-t-elle, mais de mon Intériorité, de l’air ! Du vide ! Le Néant pour écrire mon propre Royaume, mon unique Sujet, ma Loi, Mon Roi je ne suis plus ta Reine, je prends mes propres décisions et j’emmerdes vos vieilles traditions.]

Elle soulève ses jupes

les remonte sur son front,

ça court très vite dans sa tête,

sa peau grésille sous la tension,

donne tout à voir

qu’on en finisse

qu’on la laisse être

qu’on la laisse naitre

qu’on la laisse paitre

le tissu sur ses yeux éloigne les êtres

tandis qu’on l’emmène

qu’on la traine

qu’on la ramène

qu’on la ramène

qu’on la ramène …

….

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